
Aline Bsaibes, co-directrice de Mycea
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Ingénieure agronome de formation, Aline Bsaibes arrive en France à 25 ans, après avoir grandi, étudié et travaillé au Liban, un pays alors marqué par la guerre. « J’ai grandi sous les bombes. J’étais un jour à l’école et le lendemain dans un abri. Mais je ne dramatise pas. Nous étions contents d’être en vie. Mes parents ont tout fait pour que nous ne soyons pas traumatisés, mon frère, ma sœur et moi-même », confie-t-elle. À son arrivée en France, elle rejoint l’Inrae de Montpellier pour une thèse consacrée à la modélisation des besoins en eau des vignobles du sud de la France, à la suite de rencontres avec des chercheurs français venus visiter son université au Liban. Par la suite, elle effectue un post-doctorat à l’Inrae d’Avignon sur l’intégration des images satellites dans les modèles de croissance des cultures. « Je voulais mettre les équations mathématiques au service de l’agriculture, rembobine Aline Bsaibes. L’IA, la data science, la modélisation… Aujourd’hui, tout le monde en parle, mais à l’époque, c’étaient des thèmes de recherche. »
Apporter des solutions au monde agricole
Dès le départ, son choix est clair : construire un pont entre la science et son application réelle, avec la volonté de « transcender la science pour l’amener dans les mains de quelqu’un qui peut l’utiliser, au service du monde agricole ». Cette appétence l’amènera à rejoindre en 2009 ITK, éditeur montpelliérain de logiciels d’aide à la décision pour l’agriculture. Elle y gravit progressivement les échelons, de modélisatrice agronomique jusqu’à occuper en 2019 le poste de directrice générale.
En 2023, « je me suis associée pour créer au Moyen-Orient l’entreprise Nawat Biosciences, spécialisée dans l’amélioration de la culture des dattiers dans la région du golfe. Mais j’ai senti qu’il me manquait des compétences sur le côté biotechnologique. C’est une chance que m’a donnée la France, en plus de m’avoir donné mon mari et mes enfants (rire) », glisse Aline Bsaibes.
Et c’est quelques années plus tard, en novembre 2025, qu’elle est nommée co-directrice générale de Mycea, plateforme d’innovation en biotechnologie agricole fondée en 2018, aux côtés de Dominique Barry-Etienne, fondatrice et directrice scientifique de la société. L’entreprise développe une double expertise autour des champignons : l’exploration d’extraits issus de champignons forestiers pour la protection des cultures, et la régénération des sols par l’amplification de champignons mycorhiziens naturellement présents dans les sols. Cette deuxième spécialité est notamment assurée par la spin-off Amoterra (Saint-Gély-du-Fesc, 34), créée par Mycea. L’entreprise dispose d’une plateforme propriétaire d’exploration de plus de 750 champignons forestiers, ayant permis de générer plus de 2.000 extraits aux potentiels agricoles variés, notamment en biofongicides, bioinsecticides et bioherbicides. « Deux extraits candidats avancés approchent des jalons réglementaires majeurs pour le marché européen », se réjouit Aline Bsaibes.
Engagement territorial
Parallèlement à ses fonctions opérationnelles, Aline Bsaibes s’engage bénévolement comme conseillère du commerce extérieur de la France (CCE), au sein du bureau Occitanie, puis au niveau national. Elle y est référente de la mission Formation, l’une des quatre missions des CCE avec l’attractivité, l’accompagnement des entreprises à l’export et le conseil aux pouvoirs publics. Son engagement s’appuie sur une conviction personnelle : « Dans mon parcours, des personnes m’ont appris, inspirée. Ça m’a permis de casser les plafonds de verre qu’on se met à nous-même. Inspirer les autres, c’est un juste retour », explique-t-elle. Elle œuvre notamment à rapprocher écoles d’ingénieurs, écoles doctorales et monde économique, à travers des conventions et des interventions avec plusieurs intervenants de la commission auprès des étudiants. « On est bénévole, on donne de notre temps. C’est de l’engagement. La France m’a donné ma chance et m’a permis professionnellement d’aller au-delà de ce que j’aurai pu faire au Liban », confie Aline Bsaibes, qui est également ambassadrice MedVallée depuis 2022 et élue à la CCI de l’Hérault où elle représente la chambre consulaire au conseil d’administration d’Agropolis International. « Je ne force pas les choses. J’agis quand je me sens légitime », résume-t-elle.
Renouer avec ses racines
Aline Bsaibes revendique un équilibre ancré en Occitanie. « J’aime beaucoup le village de Jujols, dans les Pyrénées-Orientales. J’ai grandi dans un pays de montagne, j’ai besoin de me retrouver en hauteur et de voir un horizon très loin. C’est une paix intérieure, avec une vue à couper le souffle sur le Canigou », sourit celle qui renoue aussi avec ses racines à travers la danse orientale. « C’est ma petite passion secrète », glisse-t-elle.
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