Les brèves

Des drones à la décarbonation : les investissements étrangers musclent l’industrie occitane

Drones, nucléaire de nouvelle génération, intelligence artificielle : la région a enregistré 140 décisions d’investissement en 2025, pour 3 230 emplois créés ou maintenus. Un bilan qui illustre la montée en puissance de l’Occitanie sur les secteurs stratégiques de la défense, du numérique et de l’énergie.

L’entreprise Loft Orbital, créée à San Francisco, a implanté son bureau européen à Toulouse et continue à investir.

Crédits : ©Loft Orbital

En 2025, 140 décisions d’investissement ont été recensées en Occitanie, avec à la clé la perspective de création ou de maintien de 3 230 emplois. Derrière ces chiffres, ce sont des histoires d’implantations, de relance industrielle et de transitions technologiques qui se jouent, des drones aux réacteurs nucléaires de nouvelle génération.

Quatre projets économiques majeurs

À Cahors Sud, Tekever, groupe technologique portugais spécialisé dans les drones, installe une usine d’assemblage dans un hangar de 3 000 m², avec 100 recrutements en trois ans et 100 millions d’euros d’investissement ciblant le marché de la défense (lire l’interview ci-dessous).
Dans le Gard, Newcleo s’implante sur la zone OZE de Chusclan pour tester ses réacteurs à neutrons rapides de quatrième génération utilisant le plomb comme fluide caloporteur. Fondée en 2021 et déjà forte de 645 millions d’euros levés, la société vise la mise en service d’un démonstrateur en 2030 et la production de combustible MOX sur des sites nucléaires français, avec 50 à 80 emplois à la clé.

À Toulouse, dans les locaux du Village by CA, l’entreprise allemande ATS (Autonomous Teaming Solutions ) fait le choix de devenir une entreprise bi‑nationale en s’appuyant sur l’écosystème local, notamment l’Enac et Aniti. Basée à Munich, la société développe des solutions pour la lutte contre les drones. Objectif affiché : recruter des ingénieurs formés localement sur l’intelligence artificielle, le machine learning et les systèmes embarqués. ATS compte déjà 10 salariés à Toulouse et vise 50 emplois d’ici à trois ans.

L’un des projets le plus ambitieux est celui de Paragon, spécialiste irlandais des solutions d’identification sans contact. Après une phase R&D à Tournefeuille -35 emplois d’ici 2027-, l’industrialisation de ses étiquettes connectées est prévue à partir de 2028 en Occitanie. Ces étiquettes xTag seront totalement autonomes en énergie grâce à la collecte lumineuse et la radiofréquence et permettront de localiser des objets sans déployer de nouvelles infrastructures IT.

Les quatre entreprises ont bénéficié de l’accompagnement d’Ad’Occ - foncier, visites de sites, mise en relation avec les écoles d’ingénieurs, pré-agréments - et, pour certaines comme Paragon, d’un soutien financier via le dispositif régional Contrat 3S volet Innovation.

Des effets concrets sur l’emploi

L’aéronautique domine les décisions d’investissement 2025 et représente un tiers des emplois générés, porté par Airbus, Agiliteam, Loft Orbital ou CAF. Viennent ensuite les logiciels et services informatiques - un quart des emplois - avec Septeo, Accenture, Serco, Zyfed ou Cysec.

Sur les 140 projets recensés, 92 sont des créations pures. Les extensions génèrent moins de projets mais davantage d’emplois : 1 551 postes. À noter : 13 investissements ne créent aucun emploi direct mais visent à pérenniser des sites, à travers 5 projets de décarbonation et 6 de digitalisation - dont ArcelorMittal en Lozère, qui décarbonne son processus de production pour améliorer sa compétitivité.

Deux départements concentrent plus de 70% des emplois liés aux décisions d’investissements : la Haute‑Garonne (47%) et l’Hérault (24%). Cinq départements - Haute‑Garonne, Hérault, Gard (7%), Hautes‑Pyrénées (6%) et Tarn (5%) - représentent près de 90% des emplois. La dynamique reste toutefois régionale : au moins deux projets ont été identifiés dans chaque département.

Côté pays investisseurs, l’Allemagne arrive en tête en 2025 avec 24 projets d’investissement totalisant 252 emplois, devant le Royaume-Uni qui se distingue par 20 projets mais un impact emploi bien supérieur (774 emplois). Suivent la Suisse (8 projets, 251 emplois) et les États-Unis (14 projets, 250 emplois), ces derniers confirmant le recul amorcé en 2024.

Témoignage

Entretien avec Nadia Maaref, general manager de Tekever France

Nadia Maaref

Crédits : ©Tekever

- Pourquoi avoir a choisi d’implanter Tekever au sud de Cahors ?
Plusieurs facteurs très concrets ont guidé notre choix. D’abord, la capacité de déploiement accéléré grâce aux infrastructures existantes de l’ancien Parc des Expositions, qui nous permettent de passer vite de l’annonce à l’exécution. Ensuite, la proximité immédiate de l’aérodrome de Cahors-Lalbenque - atout opérationnel majeur pour les validations et essais en vol, facilités par une faible densité de population. Enfin, Cahors est idéalement situé entre l’écosystème aéronautique toulousain et la Mecanic Vallée.

  • Quelle est la vocation du site de Cahors ?
    Sa vocation est double : industrialiser et accélérer. Le site est conçu pour produire, intégrer et tester nos drones AR3 et AR5 - systèmes à double usage sécurité et défense - avec une organisation fortement intégrée entre ingénierie, production et essais. Il abrite également un space lab dédié à nos activités spatiales, notamment en AIT (assemblage, intégration, tests) et en technologies radiofréquences. Enfin, ce site est pensé comme un outil industriel digital-first, avec une logique de jumeau numérique pour accélérer l’industrialisation, renforcer la qualité et rendre la production plus robuste et reproductible.
  • Quelles sont les ambitions de Tekever en France ?
    Notre objectif est une montée en puissance progressive. Le jalon industriel que nous posons publiquement est net : les premiers drones sortiront des lignes pendant l’été 2026. Notre ambition est de construire une capacité industrielle durable en rapprochant ingénierie, production et essais. Au-delà, notre ambition est de contribuer à l’autonomie stratégique européenne. Le contexte actuel révèle des vulnérabilités réelles : dépendances aux chaînes d’approvisionnement critiques, pression sur les capacités industrielles, nécessité de produire et maintenir des systèmes clés en Europe. Investir en France, recruter des talents, travailler avec l’écosystème local, ce n’est pas seulement un projet d’entreprise, c’est une contribution à une base industrielle plus résiliente.