Les portraits

Élodie Galko, l’eau en action

Polytechnicienne passée par plusieurs cabinets ministériels, Élodie Galko dirige depuis 18 mois l’Agence de l’Eau Adour-Garonne. Un poste où elle mobilise à la fois son expertise technique et son expérience politique pour piloter des dossiers sensibles, dans un contexte de tension croissante sur la ressource en eau.

À la tête de l’Agence de l’Eau Adour-Garonne, Élodie Galko alerte sur la baisse continue des débits des cours d’eau en Occitanie depuis plus de 30 ans.

Crédits : ©Service communication de l’agence de l’eau Adour-Garonne

On connaît Elodie Galko comme directrice générale de l’Agence de l’Eau Adour-Garonne, poste qu’elle occupe depuis 18 mois avec le sérieux qui sied à une polytechnicienne. On la connaît moins pour sa dimension politique, avec des passages par plusieurs cabinets ministériels à l’Agriculture et l’Écologie, aux côtés des ministres Christophe Béchu (2023-2024), et Bruno Le Maire, lorsqu’il était ministre de l’Agriculture, sous Sarkozy.

Cette double dimension, scientifique et politique, est un atout pour faire avancer des dossiers complexes. « J’ai l’impérieuse obligation de convaincre tout le monde d’investir dans la transition écologique et la préservation de la ressource en eau, confie-t-elle à Occitanie News. Certains élus ne doivent pas tomber dans un climatoscepticisme trumpien. Car il suffit de regarder ce qui se passe en Occitanie. Le réchauffement climatique, on y est déjà. Les débits des cours d’eau baissent depuis 30 ans, les températures le montent. Les agriculteurs, en première ligne, le voient au fil des saisons. »

« Il y a une dimension économique folle de l’eau »

Aujourd’hui, à la tête d’une imposante Agence de l’Eau - 120.000 km de cours d’eau, 250 collaborateurs, couvrant les Régions Occitanie et Nouvelle-Aquitaine -, elle prend la pleine mesure de l’impact du réchauffement climatique sur l’Occitanie. « J’en avais bien sûr conscience, mais je ne savais pas que le territoire était à ce point impacté et vulnérable, admet-elle. Avec des conséquences déjà visibles, par exemple sur l’appauvrissement des agriculteurs. Par manque d’eau, les revenus à l’hectare baissent, ainsi que le nombre de travailleurs, ce qui conduit à des non-reprises de fermes. »

L’enjeu de l’attractivité régionale, dans un contexte d’événements climatiques de plus en plus extrêmes, marqués par des pluies et des sécheresses plus intenses, devient central. « L’eau est la première ressource dont nous avons besoin pour nous installer dans un territoire, avant même l’énergie. Sans eau, on ne peut rien faire. Ni vivre, ni cultiver, ni produire, ni avoir des loisirs. Il y a une dimension économique folle de l’eau, et c’est ce qui m’anime beaucoup aujourd’hui, dans mon métier. »
Pour faire face à de tels enjeux, Elodie Galko peut jouer de ses entrées à Paris. « Certains sujets très techniques sont parfois évoqués de façon ‘hors-sol’ à Paris, par des gens qui n’ont pour certains jamais quitté la capitale. Ma connaissance de la ‘vraie vie’ des gens, du fonctionnement concret d’une mairie, permettent d’ajuster et d’adapter des dispositifs législatifs et réglementaires, autant que possible. C’est aussi mon job d’intervenir à ce niveau-là », décrypte-t-elle.

Une ‘ch’ti’ tombée sous le charme de Toulouse

Native du Nord, Elodie Galko est arrivée à Toulouse en 2014, après avoir travaillé en région parisienne, puis à Epinal, Evreux et Bordeaux. Pour n’en plus repartir depuis, avec son mari et ses deux enfants, une fille de 20 ans, à Sciences Po Niort, et un fils de 18 ans, « plutôt scientifique » pour sa part. Enfants des bords de la Garonne, ils ont déjà des adresses de bonnes tables. « On va ‘Chez Barbaque’ avec mon fils, et ‘Officina Gusto’, un restaurant italien extraordinaire, avec ma fille. Je m’adapte ! », glisse-t-elle.

« Je ressens un dynamisme économique très fort à Toulouse – Airbus bien sûr, mais aussi des pôles agroalimentaires et santé qu’il ne faut pas oublier -, une forme de générosité que l’on retrouve dans le Nord, en termes de mains tendues, de bien-vivre, de convivialité »

Lorsqu’elle travaillait en cabinet ministériel à Paris, de retour dans la Ville rose pour le weekend, elle prenait plaisir à sortir du métro « quelques stations avant mon domicile, pour me réimprégner de la vie locale ».

Un lieu fétiche ? « J’emmène tous mes visiteurs à la Halle de la Machine Je m’émerveille toujours autant devant ces immenses machines, très belles, pleines de poésie et qui ne servent à rien. Elles me font rire. Est-ce mon côté ingénieur ou un côté enfant ? », sourit-elle.

« Il faut positiver »

Parmi ses priorités 2026 à l’Agence de l’Eau Adour-Garonne : la validation du projet de SDAGE (schéma directeur d’aménagement et de gestion des eaux), un document de planification structurant. « Il ne faut pas se louper, vu les enjeux », résume Elodie Galko. Elle prévoit, cet automne à Toulouse, une conférence axée sur les solutions et le partage de bonnes pratiques, en conviant notamment les nouveaux élus et les élus réélus. « Il faut positiver sur le défi de l’eau. L’objectif n’est pas de faire peur. On peut y arriver, d’autant plus qu’une prise de conscience, dans toutes les préfectures d’Occitanie, voit le jour. Une chose manque à mon sens : quel est le cap à donner ? Quel sera notre tissu économique en 2050 ? Comment projeter notre agriculture ? Je pense qu’on apprend toujours beaucoup de ce que fait le voisin. »