Les brèves

Face à la crise, la filière viticole accélère sa transformation

Alors que la filière viticole traverse une période de fortes turbulences, en Occitanie, les acteurs s’organisent pour s’adapter. Transition environnementale, évolution des cépages, diversification des produits et meilleure connaissance des marchés structurent une stratégie collective pour maintenir la compétitivité d’une filière clé.

Avec près de 250 000 hectares de vignes, l’Occitanie représente 27 % de la production française.

Chocs climatiques répétés, baisse de la consommation, explosion des coûts de production et pression sur les prix fragilisent la filière viticole. « La filière souffre d’un manque de coordination. Il faut des accords de long terme entre viticulteurs et metteurs en marché, fondés sur des prix de référence et des engagements réciproques », explique le sénateur héraultais Henri Cabanel. En Occitanie, première région viticole de France, la viticulture reste une filière structurante et résiliente, engagée depuis plusieurs années dans une transformation pour s’adapter aux marchés et au changement climatique. 
Avec près de 250 000 hectares de vignes, l’Occitanie représente 27 % de la production française et plus de 1,6 milliard d’euros de chiffre d’affaires. Elle concentre 31 % des exportations nationales de vin, qui constituent aujourd’hui le premier débouché de la filière régionale. 

Adaptation au climat 

Depuis 2017, les épisodes de grêle, de gel et de sécheresse se multiplient. La sécheresse constitue le facteur le plus préoccupant, notamment dans l’Aude et les Pyrénées-Orientales. Si la vigne reste l’une des cultures les moins consommatrices d’eau à l’échelle régionale, la question hydrique est centrale. « Il est temps pour les pouvoirs publics de trouver les financements et d’accélérer les procédures administratives, lance Gérard Bertrand, président du groupe Gérard Bertrand (groupe viticole éponyme, Narbonne – 11). L’eau est le facteur limitant, car son manque a accéléré le processus d’arrachage des vignes qui servent de coupe-feu. » En Occitanie, environ 40 000 hectares de vignes sont irrigués sur les 250 000 hectares. À titre d’exemple, les Vins de Pays d’Oc mettent en plus une réserve d’assurance climatique, où en cas d’aléas, des stocks tampons sont mobilisés. 

L’adaptation passe aussi par un travail de fond sur le vignoble lui-même. Plusieurs leviers sont mobilisés simultanément : « le choix de cépages plus résistants à la sécheresse, inspirés de variétés grecques, espagnoles, italiennes ou du Moyen-Orient ; une meilleure implantation des cépages, en adéquation avec les sols et les conditions climatiques ; la création de nouveaux cépages résistants à la fois aux maladies et au stress hydrique », détaille Francis Cabaud, chargé des filières vins, spiritueux, oléicultures et de l’export à la Région Occitanie. 

Les modes de conduite du vignoble évoluent également : gestion du feuillage, travail du sol, implantation de couverts végétaux pour limiter l’évaporation… En parallèle, des études sont menées sur différents territoires pour analyser l’impact de la sécheresse et identifier les zones où la vigne pourra être maintenue, déplacée ou développée. 

La coopérative catalane GICB cherche un repreneur  
Unité de production devenue surdimensionnée, baisse de la production viticole, endettement, impact des sécheresses, chute des ventes… La coopérative viticole GICB, producteur des vins Banyuls et Collioure en plan de sauvegarde depuis 2014, demande son placement en redressement judiciaire. La structure regroupe 350 coopérateurs, emploie 150 salariés et réalise 15 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025, au lieu de 20 millions en 2017. Même sort pour la surface exploitée qui est passée de 1.200 hectares il y a 10 ans à 500 hectares aujourd’hui. « Nous n’avons pas pu rémunérer suffisamment les producteurs. Conséquence : ceux qui partent à la retraite ne trouvent pas de repreneur », admet Yves Reiner, directeur opérationnel du GICB. Deux solutions vont être proposées au tribunal judiciaire : une restructuration, avec des licenciements à la clé - dont le nombre n’est pas précisé -, ou l’arrivée d’un repreneur.

Connaître le marché 

Face à la baisse de la consommation, les marchés sont au cœur de leur stratégie. La Région s’engage en ce sens à travers un contrat de filière viticole, doté d’une enveloppe de 5 millions d’euros, en plus d’un budget annuel de 10 millions d’euros consacré à la filière. Parmi les mesures déployées dans ce contrat : la création d’un observatoire des marchés. « L’objectif est de disposer d’informations quasi en temps réel sur les ventes, les stocks et les tendances, en France comme à l’export, explique Francis Cabaud. Cet outil doit permettre d’adapter les productions aux attentes des consommateurs et d’orienter les choix de plantation. » 
L’Occitanie est la première région viticole biologique de France, avec 51 000 hectares en production bio. Également, les certifications HVE (haute valeur environnementale) sont de plus en plus développées, notamment au sein des coopératives. « Aujourd’hui, un vin qui ne s’inscrit pas dans une démarche environnementale n’aura pas - ou très peu - de débouché sur le marché », affirme Francis Cabaud. 

Les vins effervescents séduisent 

Autre levier majeur pour garder la tête hors de l’eau : la diversification des produits. Si le rosé, après une forte croissance, est aujourd’hui arrivé à maturité, les vins blancs poursuivent leur progression, avec notamment des profils fruités. En revanche, les vins rouges souffrent davantage, correspondant moins aux nouveaux modes de consommation. La demande se tourne vers des vins plus légers, moins alcoolisés, plus fruités, voire à faible degré ou sans alcool. 

Les vins effervescents, dans la dynamique du prosecco italien, ont eux aussi le vent en poupe. C’est pour s’ouvrir à ce marché que l’héraultais Advini fait rentrer à son capital le groupe coopératif In Vivo. Advini va ainsi mettre la main sur la marque de vins mousseux et pétillants Café de Paris, très présente au Japon et au Benelux. « Advini n’a jamais été sur les vins effervescents. Or, c’est le seul segment qui continue de croître. Une partie de nos marques sera déclinée en effervescent », indique Antoine Leccia, président d’Advini. C’est également sur ce marché que le crément et la blanquette de Limoux, produits dans l’Aude, se font leur place. Les ventes de l’emblématique blanquette - constituée à au moins 90 % de Mauzac, un cépage local - atteignent désormais les 3,3 millions de bouteilles, en hausse de 10 % sur cinq ans. Limoux a su sortir, depuis une vingtaine d’années, de l’emprise de la grande distribution, qui ne représente aujourd’hui plus qu’une toute petite partie de ses ventes. « La blanquette s’était tirée une balle dans le pied, des années 1980 aux années 2000, en n’étant distribuée qu’en grandes surfaces », se souvient Françoise Antech-Gazeau, à la tête de Maison Antech. L’appellation doit son salut à une stratégie orientée sur l’export et le réseau traditionnel. 

Les consommateurs sont également friands des cocktails à base de vin. Ces derniers ont notamment été testé par l’interprofession des Pays d’Oc lors des deux dernières Feria de Béziers pour séduire les jeunes. Les Vins du Pays d’Oc explorent par ailleurs d’autres pistes pour conquérir de nouvelles cibles tels que des formats « en poche » et en Bag-in-Box, très prisés à l’étranger. 

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé.