
L’Occitanie mise sur l’automatisation pour renforcer sa compétitivité et sa souveraineté.
Crédits : @DR
C’est un marché peu visible au premier regard, et pourtant totalement d’avenir et fondamental. Vous ne saviez sûrement pas : l’Occitanie compte 35 fabricants de robots et plus de 200 intégrateurs de solutions robotisées, représentant 4.000 emplois directs.
Un secteur stratégique de poids, alors que le marché national de la robotique – tous segments confondus – est estimé à 4,5 milliards d’euros en 2024, avec une croissance de 12 % en un an, selon Didier Katzenmayer, président de l’UIMM (Union des industries et métiers de la métallurgie) Occitanie. Industrie, aéronautique, logistique, santé, agriculture… La robotique concerne un large ensemble de secteurs. « En Occitanie, il n’y a pas de contrat filière car c’est un sujet très transverse, qui vit à travers toutes les filières », déclare Christophe Delagne, chargé de mission à la Direction de l’Industrie, de l’Innovation, de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur (DIIRES) de la Région Occitanie.
À noter
L’innovation représente 3,7 % du PIB régional et 3,3 % du PIB pour l’Europe. Chaque pays européen a pour objectif d’atteindre les 3 %. La France est à 2,7 %, preuve que l’Occitanie performe. La R&D en Occitanie représente 50.000 emplois.
Les robots, vecteurs de compétitivité
L’automatisation répond à des impératifs de compétitivité, de productivité et de qualité, dans un contexte où les industriels opèrent sur des marchés mondiaux. « À cela s’ajoutent, en France, des normes et charges importantes, qui poussent les entreprises à moderniser leurs systèmes pour rester concurrentielles », observe Didier Katzenmayer.
« Ce ne sont pas tant les robots qui sont recherchés, mais surtout l’automatisation des tâches pénibles et répétitives. La demande est principalement motivée par la sécurité, la productivité, la qualité, la réindustrialisation, et parfois pour faire face à la pénurie de main d’œuvre, notamment pour des activités tels que le traitement de surface (peinture, note) ou la soudure, deux activités pénibles », confie Sébastien Nobiron, gérant de Sémo, concepteur et fabricant d’équipements automatisés basé à Cornebarrieu (Haute-Garonne).
Un écosystème de recherche et d’entreprises
L’Occitanie dispose d’un écosystème robotique, avec des laboratoires comme le LAAS (laboratoire d’analyse et architecture des systèmes - Toulouse) et le LIRMM (laboratoire d’informatique, de robotique et de microélectronique de Montpellier), des écoles d’ingénieurs ou encore le cluster Robotics Place (Toulouse), qui regroupe plus de 150 structures. Cet écosystème trouve des convergences avec plusieurs filières régionales fortes : médicale, spatiale, agricole, aéronautique… « Il faut favoriser les rencontres entre ces secteurs et les acteurs de la robotique, pour par exemple développer la robotique médicale à Montpellier », glisse Sébastien Nobiron.
Les journées Robotics Place Day jouent un rôle de catalyseur. Le Défi Clé Robotique centrée sur l’humain, important programme soutenu par la Région Occitanie, a pour ambition de promouvoir les avancées scientifiques et les développements technologiques autour de la machine intelligente.
Par ailleurs, différentes structures visent à soutenir cette filière. Par exemple, le Hub Entreprendre de la Région propose des dispositifs pour pousser la croissance des entreprises, ou encore la plateforme d’accélération Pad’Occ (porté par l’UT et financée par l’État et la Région) dédiée à l’industrie 4.0 et aux dernières technologie comme l’IA et la robotique, aide les PME à essayer des solutions robotisées et à gagner en performance industrielle.
Comment cohabiter avec les robots ?
L’écosystème s’appuie également sur le projet Aniti (Toulouse), consacré aux « défis clés de la robotique centrés sur l’humain ». Les recherches portent sur les relations entre les humains et les robots : comment cohabiter avec eux et comment les utiliser. Le programme joue ainsi un rôle de passerelle entre la recherche fondamentale et les usages opérationnels.
35 fabricants et 200 intégrateurs
Par ailleurs, le territoire abrite de nombreuses pépites de la robotique tels que Zimmer Biomet (Mauguio, Hérault), Quantum Surgical (Montpellier) et AcuSurgical (Montpellier) dans la robotique médicale ; Naïo Technologies (Escalquens) dans la robotique agricole ; Nio Robotics (Toulouse), fabricant de robot polymorphe doté de… 35 moteurs électriques, particulièrement habile et s’adaptant à des environnements contraints ; TwinswHeel (Cahors), concepteur d’un robot de 1,3 mètre de haut, à l’apparence d’une petite voiture, pour faciliter le transport de charges sur le dernier kilomètre, en assurant la livraison dans les rues piétonnes ; le tarnais Rob’Occ (Brens), qui développe un robot autonome basique, dédié à la manutention dans la logistique ou les hôpitaux, et qui vient de lever 3 millions d’euros pour accélérer le déploiement commercial. L’intérêt de cette solution est qu’elle peut être utilisée par des non spécialistes de la robotique.
La robotique s’invite aussi dans la stratégie de grands groupes ou PME positionnés dans d’autres secteurs. Par exemple, Airbus a créé un département Robotique, pour travailler sur les innovations robotiques. Actia Group ou Log’In (logistique industrielle de Daher) sont aussi cités en exemple. À Montpellier, Lundi Matin, spécialiste des logiciels de caisse, vient d’acquérir la licence du robot Plato d’ex-Alderaban. Juché sur des roulettes, ce robot de service autonome fabriqué en Europe, non humanoïde, apporte les plateaux et les débarrasse dans les restaurants, les galeries marchandes et l’hôtellerie. « L’idée, c’est de distribuer le robot Plato en le couplant à nos solutions de caisses », détaille Benjamin Chalande, président-fondateur de Lundi Matin. Une diversification qui « plaît aux clients, car elle leur apportera de la productivité et du confort au travail », dans des secteurs en proie à une pénurie de main-d’œuvre.
Pour répondre aux besoins en main-d’œuvre des entreprises de la robotique, plusieurs formations sont développées l’échelle régionale : une licence robotique à l’IUT Paul Sabatier (Toulouse), des spécialisations renforcées à l’UPSSITECH, ou encore des parcours en robotique dans des écoles telles que l’Icam et l’IMT Mines Alès. De quoi répondre aux besoins en formation en IA, réalité virtuelle augmentée, cobotique… Dans un secteur en pleine mutation, rythmé par de nouvelles solutions, l’actualisation des compétences et les enjeux de veilles technologique, stratégique et réglementaire sont cruciaux. Un robot ne se déploie en effet pas de la même façon dans l’espace public ou dans une zone logistique entièrement automatisée.
Un haut-garonnais lauréat de France 2030
Sémo conçoit et fabrique des machines de production robotisées destinées à des clients comme Schaeffler, Continental, TE Connectivity… L’entreprise de 45 salariés est lauréate du dispositif France 2030 « Robotique et machines intelligentes » avec le projet Smart-H, doté d’un budget de plus d’un million d’euros sur trois ans. Objectif : développer de nouvelles machines et de nouveaux procédés pour la production de matériel électronique. « Avec ce projet d’innovation, nous n’attendons pas d’avoir un besoin d’un client pour élaborer une machine adéquate. Nous allons créer la demande en proposant des solutions », explique Sébastien Nobiron.
Accompagner la mutation
L’enjeu porte aussi sur la souveraineté industrielle. « Il faut toujours être sur l’innovation et la R&D, aider toutes les entreprises, les accompagner dans leur transformation », assure Christophe Delagne.
La robotisation suscite néanmoins des interrogations sur l’emploi. Didier Katzenmayer rappelle que « dans les faits, la robotisation n’a pas entraîné de destruction massive d’emplois mais une évolution des métiers ». Les centres de formation de l’UIMM Occitanie travaillent à développer les compétences permettant la création d’emplois qualifiés en lien avec cette filière d’avenir.
En savoir plus
- Consulter le site de l’UIMM Occitanie
- Consulter le site de SEMO
- Consulter le site du LAAS-CNRS
- Consulter le site du Laboratoire d’Informatique, de Robotique et de Microélectronique de Montpellier – LIRMM
- Consulter le site de Robotics Place
- Consulter le site de Log’in by Daher
- Consulter le site d’Aniti
- Consulter le site de Zimmer Biomet
- Consulter le site de Quantum Surgical
- Consulter le site de AcuSurgical
- Consulter le site de Naio Technologies
- Consulter le site de Nio Robotics
- Consulter le site de Robotique Occitane - ROB’OCC
- Consulter le site de TwinswHeel
- Consulter le communiqué de presse "France 2030 : 3 nouveaux dispositifs lancés pour faire de la France la pionnière de l’IA et de la robotique" sur le site du Ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace
- Consulter l’article "Smart-H : Supporter l’industrie électronique" sur le site de SEMO

