Les brèves

Levée de fonds et contrat de filière : l’Occitanie accélère l’innovation dans la santé

Comment développer l’innovation dans la santé, pour améliorer les soins et l’égalité à leur accès ? Quelles sont les actualités des pépites régionales du secteur ?
Tour d’horizon

 Spécialisé dans la détection et les traitements des anévrismes cérébraux,
Sim&Cure prépare la version 3 de sa plateforme.

Crédits : ©Sim&Cure

Biothérapies, robotique chirurgicale, imagerie médicale, intégration de le solutions IA…
L’innovation en santé s’impose comme un sujet majeur de souveraineté et d’égalité dans l’accès aux soins.

MedinCell, Sensorion, DiappyMed : plus de 100 M€ levés au premier trimestre

Dans un domaine stratégique, ouvert à la compétition mondiale et en pleine mutation, les pépites d’Occitanie se distinguent. 2026 est en effet (déjà) marqué par des levées de fonds significatives dans le domaine de la santé. Après avoir levé 43 millions d’euros début 2025, la société biopharmaceutique montpelliéraine MedinCell (traitements injectables à action prolongée, 140 salariés) réitère, en levant 48 millions d’euros début mars. «  Nous passons d’une société centrée sur sa plateforme technologique vers un modèle structuré autour des royalties, orienté vers la création de valeur à grande échelle  », explique son directeur général Christophe Douat. MedinCell cible prioritairement la psychiatrie, «  où le coût de la non-observance des traitements est le plus élevé, et où la valeur des traitements injectables à action prolongée est démontrée  », sans exclure «  d’autres aires thérapeutiques, comme le système nerveux central  ». 
Autre annonce phare, celle de la biotech Sensorion (Montpellier, 68 salariés), spécialisée dans les nouvelles thérapies contre les troubles de la perte auditive, qui a bouclé un financement majeur de 60 millions d’euros le 28 janvier, notamment auprès de Sanofi. L’objectif est de faire entrer son deuxième programme de thérapie génique, SENS-601, en phase clinique. Ce dernier cible la perte auditive associée aux mutations d’un gène, le GJB2, responsable de la plus grosse cause de surdité pour des raisons génétiques. La demande d’essai clinique de SENS-601 sera soumise au cours du 1er trimestre en Europe, et au 2e semestre aux Etats-Unis.

Par ailleurs, ce sont 5 millions d’euros qui sont levés par la medtech montpelliéraine DiappyMed, spécialisée dans la personnalisation du traitement du diabète. Le tour de table est bouclé auprès de Ventech, AFI Ventures, Sofilaro et IRDI Capital Investissement afin d’accélérer sur la prise en charge personnalisée du diabète. La levée de fonds permet «  de renforcer ses équipes, notamment dans les domaines de la formation des professionnels de santé, de l’accompagnement des patients, et de la R&D  », indique DiappyMed

L’innovation au service de l’égalité d’accès aux soins

Les projets occitans attirent aussi l’œil des grands investisseurs publics, par exemple la Banque européenne d’investissement (BEI). Diagnostic Medical Systems (DMS) Group, PME gardoise spécialiste des systèmes d’imagerie médicale conventionnelle pour la radiologie et l’ostéodensitométrie, annonce le 27 mars décrocher un financement allant jusqu’à 20 M€ (trois tranches prévues d’ici à 2030) auprès de la BEI. Objectif : financer le développement de solutions innovantes d’imagerie médicale sur les marchés européens et internationaux pour devenir une ETI leader européen de son secteur, aux côtés des majors comme Siemens ou Philips. «  L’imagerie médicale conventionnelle représente 50 % des examens en France et 75 % dans le monde. Il est capital pour des raisons de souveraineté technologique et sanitaire, et aussi d’accès aux soins, partout dans les territoires  », explique Samuel Sancerni, PDG de DMS Group. À noter que la BEI finance également depuis 2025 MedinCell (40 millions d’euros) et le CHU de Montpellier (130 millions d’euros).

La filière de la santé en Occitanie pèse 25.000 emplois, 730 entreprises, 7.000 chercheurs, et 6,7 milliards d’euros de chiffre d’affaires (DREETS Occitanie)

L’IA pour améliorer la prise en charge 

Utiliser l’IA pour recommander des traitements. C’est ce que prévoit Sim&Cure (Montpellier), qui édite des technologies basées sur les jumeaux numériques et l’IA dans la détection et les traitements des anévrismes cérébraux. L’entreprise, qui a levé 10 millions d’euros en décembre 2025, prépare la version 3 de sa plateforme, prévue pour 2026, qui intégrera des modèles d’IA permettant de recommander un type de traitement à partir des milliers de cas déjà simulés. « Lasolution Sim&Size reconstitue en quelques secondes l’anatomie cérébrale d’un patient, et simulent les différentes options de traitement directement à l’hôpital, sans recourir au cloud », précise Mathieu Sanchez, PDG et cofondateur, aux côtés du professeur Vincent Costalat, chef du service du département de neuroradiologie au CHU de Montpellier. 

En matière d’IA,Avrio MedTech, spécialiste de l’analyse quantitative de l’EEG intracrânien (iEEG) dans l’épilepsie pharmacorésistante, veut accélérer la recherche sur l’épilepsie et la planification neurochirurgicale. L’entreprise, basée à Labastide-Beauvoir (31), noue un partenariat avec FHC, Inc., leader des instruments de neurosciences et des solutions d’électrophysiologie, qui va distribuer Halyzia®, logiciel avancé d’analyse et de revue. Il s’agit d’une « solution brevetée basée sur l’IA qui a été entraînée à reconnaître les oscillations pathologiques, invisibles à l’œil nu, qui caractérisent la zone épileptogène », explique le pôle de compétitivité Eurobiomed.

ICM, Quantum Surgical : l’Occitanie dans la course à la robotique chirurgicale 

L’Institut du Cancer de Montpellier (ICM) se place dans la course à la robotique chirurgicale. Le 23 janvier, l’ICM officialise l’installation du nouveau robot chirurgical da Vinci 5 de la société californienne Intuitive Surgical, le premier à être installé en France. Afin d’apporter un soutien décisionnel clinique et opérationnel en temps réel, l’interface du robot synthétise les dernières interventions du chirurgien et lui donne des analyses objectives d’amélioration. « L’idée est de proposer aux patients une chirurgie toujours plus précise et moins invasive, de former les chirurgiens français et internationaux, et de développer la recherche, en tant que centre européen de référence en chirurgie robotique oncologique », souligne le Pr.Philippe Rouanet, coordinateur du département de chirurgie de l’ICM. Toujours en matière de robotique chirurgicale, Quantum Surgical, entreprise spécialisée dans le traitement du cancer par robotique mini-invasive (Montpellier), vient d’acquérir NeuWave Medical, Inc., une société américaine (Miami, Floride) de dispositifs médicaux utilisés dans plus de 70 % des principaux centres de cancérologie aux États-Unis. Le nouvel ensemble, Precision IO Group Inc., compte 250 salariés des deux côtés de l’Atlantique, symbolisant la dimension mondiale du marché. « L’objectif est de démocratiser les traitements mini-invasifs d’ablation tumorale assistés par robot et IA, et réduire la mortalité liée au cancer », souligne Bertin Nahum, fondateur de Quantum Surgical et pionnier de la robotique médicale, dès le début des années 2000. En Occitanie, déjà.

Contrat de filière : la Région Occitanie construit la santé de demain

En pointe, la Région Occitanie a signé en septembre 2025 un contrat de filière Santé 2024-2028. Doté de 150 M€, ce plan pluriannuel a été coconstruit avec le pôle de compétitivité Eurobiomed, l’Inserm, l’État, les clusters Cosmed, SilverOcc et Robotics Place, et l’agence de développement économique Ad’Occ, sur le thème : « La Région construit la santé de demain pour prévenir, accompagner et soigner les habitants d’Occitanie – De l’innovation au patient ». Le plan prévoit deux axes forts : développement économique (soutien à l’innovation, transfert de technologies, accompagnement des entreprises), et l’accélération de 4 segments où un potentiel de développement est identifié : biothérapies-bioproduction, dispositifs médicaux, silver économie et numérique en santé.
Le contrat de filière prévoit ainsi « la création de 100 jeunes entreprises innovantes dans le domaine de santé d’ici à 2028 », « d’identifier d’accompagner des projets de relocalisation industrielle » et de « faire de l’Occitanie un leader de l’IA pour la santé », détaille la Région Occitanie. L’un des points forts est « la capacité des acteurs de la filière à travailler ensemble. Le réseau fonctionne bien, entre Ad’Occ, les pôles de compétitivité… C’est un ‘plus’ pour les entreprises. Le terreau est très fertile en termes de recherche académique, de startups, d’entreprises qui industrialisent sur le territoire… Toute la chaîne de valeur est représentée ».
L’Occitanie est leader « sur les biothérapies et le numérique en santé. La région est observée par d’autres ». Ce sera le cas à Santexpo (19-21 mai) à Paris. Une délégation occitane y participera sous l’égide d’Ad’Occ, avec une intervention sur le thème « IA et Santé ».

Le mouvement patronal s’empare du sujet

Cette richesse d’innovations interpelle l’écosystème patronal. Ainsi, le MEDEF Haute-Garonne a organisé le 2 avril à Labège la première édition de sa REF (Rencontre des Entrepreneurs de France) Santé. L’occasion de « mettre en lumière un écosystème où recherche, ingénierie et industrie s’entremêlent pour faire de la métropole toulousaine un pôle stratégique de la santé innovante, déclare Pierre-Olivier Nau, président du MEDEF 31. Aéronautique, spatial, biotechnologies et santé partagent des compétences d’ingénierie et une culture de la recherche. Et, entre vieillissement démographique, pression sur les systèmes de soins et enjeux de relocalisation, la santé s’impose comme un pilier économique ».