
Farida Boubé Dobi veut développer des outils d’aide à la décision pour la gestion durable de la ressource en eau.
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Comment mieux connaître les ressources en eau au Sahel pour relever les défis du développement et renforcer l’adaptation au changement climatique ? Ce sont les travaux menés par Farida Boubé Dobi, chercheuse hydrogéologue et environnementaliste qui a grandi au Niger et a donc connu le manque d’eau. « Le Sahel, c’est chez moi. Il y a des ressources souterraines, et on ne peut pas ne pas y toucher. Il faut de l’eau pour les besoins quotidiens, industriels, le pastoralisme ou encore l’agriculture. En 2024, selon les chiffres de la Banque mondiale, il n’y avait que 46 % de la population rurale au Niger (qui constitue pourtant 64 % de la population) qui avait accès à une source d’eau potable, contre une moyenne mondiale de 84 %. Je travaille sur des sujets qui ont un impact pour des communautés auxquelles je m’identifie », lance Farida Boubé Dobi, qui a trouvé domicile à Toulouse. Âgée de 30 ans, elle effectue des travaux au sein de l’Institut des Géosciences de l’environnement (IGE) de Grenoble à la suite de l’obtention d’une bourse du programme Faculty for the Future de la Fondation Schlumberger. Son parcours est marqué par une mobilité académique : au Niger jusqu’au baccalauréat, puis au Maroc pour la licence et le master, avant de mener une thèse en Côte d’Ivoire à l’Institut National Polytechnique Félix Houphouët-Boigny en collaboration avec l’Université Abdou Moumouni de Niamey/Niger, pour finalement faire ses recherches postdoctorales en France. « La mobilité a joué un rôle important dans mon parcours. Mais ce sont surtout les rencontres et les échanges qui ont compté. Une discussion lors d’une réunion ACE-Partner Network à Abidjan en 2023 a notamment été à l’origine de mon postdoctorat et de mon installation en France. Aujourd’hui, je vis avec ma famille à Toulouse », précise Farida Boubé Dobi, qui s’intéresse notamment à la recherche appliquée. « Je travaille sur une recherche dont je peux percevoir l’impact concret », assume-t-elle.
Plusieurs prix
En 2025, Farida Boubé Dobi a été classée parmi les 30 jeunes de moins de 30 ans les plus prometteurs du continent africain par le magazine Forbes. Autre actualité pour la jeune chercheuse, elle a reçu le Prix Campus France le 4 juin dernier à l’occasion de la 4e Journée mondiale des alumni de l’enseignement supérieur français, organisée par Campus France et le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. « Je continuerai à travailler sur des sujets qui me passionnent et qui sont importants pour les communautés sahéliennes », glisse Farida Boubé Dobi, qui est l’aînée d’une fratrie de 5 enfants. Ses travaux lui ont par ailleurs permis de décrocher en 2022 le Prix L’Oréal-UNESCO Pour les Femmes et la Science, devenant ainsi la première scientifique nigérienne à obtenir cette distinction. « Ce prix a été une vitrine exceptionnelle pour mettre en lumière mes travaux de recherche et valoriser mon parcours de jeune femme scientifique africaine », souligne-t-elle. « Ces reconnaissances m’ont donné de la visibilité, mais aussi une responsabilité : celle de continuer à porter une recherche utile, ouverte et capable d’inspirer d’autres trajectoires ».
Préserver la ressource en eau
Les recherches doctorales de cette Nigérienne portaient sur l’impact des activités minières sur les eaux souterraines dans la zone d’Arlit-Akokan, au nord du Niger. « L’idée était de chercher à comprendre comment les pressions liées aux activités d’extraction peuvent affecter les ressources en eau souterraine dans une région aride », développe-t-elle. Ces travaux s’inscrivaient déjà dans une problématique à la fois scientifique, environnementale et sociétale. Aujourd’hui, Farida Boubé Dobi travaille sur des enjeux plus larges : mieux comprendre les ressources en eaux souterraines dans le Grand Sahel.
Pour cela, la chercheuse de 30 ans utilise la télédétection et des outils numériques afin de produire de nouvelles données pour mieux comprendre ces ressources et développer des outils d’aide à la décision pour la gestion durable de la ressource en eau. « J’aime résumer mes recherches en disant que j’utilise des instruments en orbite autour de la Terre pour observer et mieux comprendre ce qui se passe sous nos pieds », sourit Farida Boubé Dobi.
Elle poursuit : « Ces travaux répondent à une problématique majeure de manque de données. Il est parfois difficile et très coûteux d’aller sur le terrain, alors même que les besoins en information sont immenses. Le Grand Sahel couvre près de 3 millions de km², et nous ne disposons pas encore d’une évaluation chiffrée précise de la ressource en eau souterraine à cette échelle. Pourtant, une étude scientifique estime que les stocks d’eaux souterraines à l’échelle de l’Afrique atteindraient environ 0,66 million de km³, soit plus de cent fois les ressources annuelles renouvelables en eau douce du continent. Ces volumes ne sont pas entièrement exploitables, mais ils montrent l’importance stratégique de cette ressource invisible. L’exploitation des eaux souterraines peut être comparée à un compte bancaire. Aujourd’hui, dans de nombreuses régions, nous prélevons de l’eau sans toujours savoir quelle est la recharge à travers les précipitations et d’autres processus, ni quel est le volume réellement disponible. D’où la nécessité de produire des données fiables et de les mettre à disposition des acteurs concernés. »
Pour elle, ses recherches se situent à la croisée de « l’hydrogéologie, la télédétection, la gouvernance de l’eau, les politiques publiques et plus largement les sciences humaines et sociales ». Aujourd’hui, la chercheuse est au stade de la régionalisation de sa preuve de concept. « Avec les données satellitaires, un article scientifique est en cours de publication. On fait des tests sur des zones pour valider la méthode d’ici 2030, avant de l’étendre », lâche-t-elle.
À noter :
Ses travaux de thèse ont été co-financés par le projet ACE Partner, co-porté par l’Institut de Recherche et de Développement. Ses recherches postdoctorales sont financées par la Fondation Schlumberger. La chercheuse évolue aujourd’hui au sein de l’équipe de recherche PHyREV, aux côtés de Guillaume Favreau (hydrogéologue, IGE/IRD) et du professeur Yahaya Nazoumou (hydrologue/hydrogéologue, Université Abdou Moumouni de Niamey, Niger), ses deux superviseurs. « Leur implication dans ces projets, leur soutien indéfectible et les ouvertures internationales qu’ils ont rendues possibles m’ont permis de développer des recherches ancrées dans les réalités du Sahel tout en les inscrivant dans des dynamiques scientifiques internationales. »
Transmettre son savoir
Attachée à l’idée de transmettre ses connaissances, Farida Boubé Dobi dispense également des formations et des séminaires sur des thématiques en lien avec ses recherches, avec une intervention à l’école militaire de Paris lors d’une conférence sur l’agriculture, le changement climatique et la sécurité en Afrique. Autre réflexion qu’elle mène : concilier recherche, innovation et entrepreneuriat. « Cette démarche part de la conviction que certaines innovations issues de la recherche peuvent être valorisées économiquement et mises au service des acteurs publics, territoriaux et institutionnels, notamment dans le domaine de l’eau et de l’adaptation climatique, notamment au Sahel », explique Farida Boubé Dobi, qui reconnaît par ailleurs être tombée sous le charme de la ville rose. Amoureuse de la Place du Capitole, elle avoue s’émerveiller devant les différentes perceptions qu’ont les passants de ce lieu : « J’aime bien voir tout ce monde se mélanger. Certains s’arrêtent pour prendre des photos, émerveillés par la structure, d’autres passent pour la centième fois peut-être sans y prêter attention. Il m’arrive de m’asseoir et d’observer cette dynamique globale », admet-elle.

