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Une sorte de docteur des dirigeants de PME, commerçants, indépendants et artisans français : c’est le credo du ‘Pmiste’ (spécialiste des PME, comme il se définit lui-même) et universitaire montpelliérain Olivier Torrès, 58 ans, fondateur de l’observatoire Amarok (santé des dirigeants, Montpellier) en 2009. « Il est le premier universitaire au monde à s’être préoccupé de la santé des entrepreneurs », souligne son ami Roy Thurik, professeur à Rotterdam. Ce Sétois, à la faconde méditerranéenne irrésistible, jongle entre webinaires, cours à la fac, travaux universitaires et conférences devant des fédérations professionnelles (« je passe mon temps avec le monde patronal »), entreprises ou services de santé au travail, aux quatre coins de la France.
Interventions à La Grande-Motte, Toulouse…
À venir en Occitanie : en juin auprès de la FFB Tarn à Castres, puis à La Grande-Motte le 10 juillet pour la compagnie des commissaires aux comptes, ou encore à Toulouse le 9 octobre pour France Défi (experts-comptables). Autre actualité, pour la CCI Nord-Isère, « Nous mesurons l’incidence de l’insécurité informationnelle sur la santé des dirigeants : la multiplication des canaux et outils de communication, les enjeux croissants de cybersécurité… » Le style d’intervention d’Olivier Torrès mêle grande rigueur intellectuelle et sens des traits d’humour. Par exemple : « Il y a davantage de statistiques sur les baleines bleues que sur la santé des chefs d’entreprises » ; « La valeur ajoutée n’est pas uniquement là où on croit qu’elle se trouve. Les cafés gourmands ont plus rapporté à la France que le Concorde ». De quoi séduire, aussi, ses étudiants à Montpellier Management : « Il est le seul prof à remplir les amphis à chaque cours. Il parle une heure sans note ni projection », lance un ex-étudiant. « Il a un côté instinctif, qui le distingue des autres professeurs. Lors du premier cours, il avait insisté sur l’importance de croire en nous », glisse un autre.
Un risque d’épuisement professionnel qui s’accroît chez les dirigeants
Qu’observe le « docteur Torrès », en plein marasme économique ? Le risque d’épuisement professionnel des dirigeants, « qui était stable (autour de 7 %), ne cesse d’augmenter. Il oscille désormais entre 11 % et 11,5 %. Je parle là de risque d’épuisement sévère. Il y a une dégradation de la santé mentale du patronat français à partir de la dissolution de l’Assemblée nationale en juin 2024 par Emmanuel Macron », analyse l’universitaire, qui a grandi à Sète, où ses parents géraient le Tabary’s Bar, un établissement culte de l’île singulière. S’ajoute un contexte d’inflation et de faible consommation. « Mais le brouillard politique national joue beaucoup sur leur moral. Les chefs d’entreprises sont dans l’expectative. Ils attendent un changement de politique, et qu’il y ait enfin quelqu’un qui tienne le gouvernail. Le fait que la dette et les déficits dérivent perturbe beaucoup de décideurs », enchaîne-t-il.
Questionnaire en ligne et gratuit
Cette indécision pèse sur les chiffres d’Amarok, qui a mis en place un outil de mesure baptisé « Amarok e-santé », dont le questionnaire sonde et jauge les « stressomètres » (mauvaises ondes) et les « satisfactomètres » (bonnes ondes). Sur les 2.972 déclenchements d’alerte en 2026, « environ un dirigeant sur deux contacté par nos services saisit la main tendue. C’est bien, même si j’aimerais davantage, mais on ne peut pas refaire la nature humaine ! Les dirigeants, soucieux d’incarner un leadership, résistent en moyenne plus longtemps que les salariés à ce risque d’épuisement. Ils ont un rapport souvent existentiel à leur entreprise. Mais quand ils chutent, le burnout est d’autant plus violent. Les secteurs du bâtiment et des transports routiers sont très impactés en ce moment par les dépôts de bilan et les liquidations ». Le dispositif Amarok e-santé, un questionnaire simple, rapide, gratuit et anonyme, a déjà été testé par 34.000 dirigeants. Sur les 34.000, « 19.000 affichent une balance positive, et 15.000 sont en négatif – mais tous ceux qui sont en négatif ne présentent pas forcément un risque élevé de burnout », tempère Olivier Torrès.
« Faire de Montpellier la place force nationale de la recherche sur la santé des élus locaux »
Jamais rassasié, l’auteur de l’ouvrage « La santé du dirigeant – De la souffrance patronale à l’entrepreneuriat salutaire », entend « faire de Montpellier la place forte de la recherche sur la santé des élus locaux. Car les élus locaux sont aussi des dirigeants ! Avec une relation existentielle à leur métier, des heures de sommeil, des soirées et des weekend sacrifiés ». Amarok vient ainsi de lever un budget de 500 k€ pour le financement de trois thèses sur la santé des maires, avec François-Xavier Lesage, médecin au CHU de Montpellier, et Tasmine Akbaraly, épidémiologiste à l’Inserm et élue à la Ville de Montpellier.
Rien n’arrête celui qui se qualifie de « bistrotier normalien. « J’ai bien sûr appris beaucoup de choses à l’Ecole normale supérieure, mais aussi au Tabary’s à Sète, où, dès 11 ans, il s’est retrouvé derrière la caisse, à vendre des cigarettes. Ce qui m’a valu d’exceller à l’école en calcul mental, car, à l’époque, on payait en liquide et il fallait rendre la monnaie. C’est très vivant, un bar. On y croise le maire, le maçon, le chômeur, l’avocat », conclut l’agrégé d’économie en souriant.
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