
L’économie du vélo constitue un nouvel axe important de développement du tourisme dans les Pyrénées.
Crédits : © Gaillard Munsh
Pendant près de quatre-vingts ans, le développement des vallées pyrénéennes, dominé par le tourisme, s’est organisé autour d’un point fixe : la station de ski. « On a imaginé que les vallées se développeraient autour d’elle sans voir les risques que faisaient peser la monoactivité », explique Pierre Torrente, géographe et directeur du Campus des métiers du tourisme pyrénéen (Université de Toulouse Jean Jaurès).
Or on sait désormais que la baisse de l’enneigement est irréversible et qu’elle aura des conséquences sur l’activité ski - près d’un milliard d’euros de revenus pour l’ensemble du massif - et sur l’économie pyrénéenne dans son ensemble.
Comme le précise Willy Luis, directeur général de l’Agence des Pyrénées, « nous voulons accompagner l’économie du ski le plus longtemps possible tout en accélérant la transition des modèles des stations de montagne. Pour ce faire, nous menons des actions immédiates auprès des filières économiques et nous participons à des projets de recherche. » L’agence coordonne ainsi deux programmes européens sur la transition des stations : le projet Life PYRENEES4CLIMA et le programme POCTEFA PITON qui expérimente des modèles de transition sur des territoires pilotes dont Guzet en Ariège. En parallèle, l’Agence des Pyrénées, structure sa stratégie de diversification autour de plusieurs filières.
Après la neige, quatre paris économiques
Le vélo fait figure de fer de lance : « la notoriété mondiale des cols pyrénéens permet de toucher une clientèle internationale, contrairement au ski, plus dépendant d’un bassin de proximité », explique Willy Luis qui précise : « l’accompagnement porte à la fois sur la promotion touristique et sur la structuration d’un écosystème économique complet (hébergement le long des itinéraires, loueurs et réparateurs de vélos, artisans-cadreurs installés dans le massif), l’agence misant sur la mise en réseau des acteurs comme méthode d’accélération. » Dans le même temps, l’Agence des Pyrénées travaille sur la valorisation commerciale de la laine, filière pastorale aujourd’hui insuffisamment rentabilisée par les éleveurs de brebis, sur la filière viande via un travail engagé avec les abattoirs du massif ainsi que sur le thermalisme.
La question cruciale du logement
Maintenir une économie de montagne suppose un accès au logement à coûts raisonnables, pour les saisonniers comme pour les résidents permanents. Cette pression s’accentue à mesure que la diversification économique porte ses fruits. Comme le note Willy Luis, « les emplois créés dans l’artisanat ou l’industrie nécessiteront des solutions de logement différentes de celles que l’on propose aux touristes aujourd’hui. Cela suppose une transformation de l’habitat étalée sur les 20-30 ans qui arrivent ».
La question de l’habitabilité est primordiale, appuie Jean-Louis Cazaubon vice-président de la Région Occitanie en charge de la souveraineté alimentaire, la viticulture et la montagne : « l’attractivité touristique ne tient que si le territoire vit toute l’année, avec des écoles, des services de santé et des commerces accessibles en dehors des pics de fréquentation. Nos territoires doivent avoir la capacité d’accueillir durablement les habitants, les travailleurs et les activités économiques. »
C’est l’ensemble de ces questions qui est actuellement étudié par tous les acteurs de l’économie de montagne pyrénéenne : Région Occitanie, Agence des Pyrénées, Compagnie des Pyrénées… Une nouvelle feuille route, faisant suite au Plan Montagne, devrait être présentée à l’été 2027.
Des réponses qui viennent du terrain
Illustrations concrètes des nouvelles façons de faire vivre l’économie de la montagne, on peut citer quelques initiatives menées par les nouvelles générations de chefs d’entreprise. Leurs parcours diffèrent, mais un principe commun se dégage : partir des ressources du territoire plutôt que d’un modèle importé.
Dans la haute vallée de l’Ariège, Jason Lacube incarne cette double casquette devenue caractéristique de la montagne contemporaine : paysan et chef d’entreprise dans la restauration et l’agritourisme. Basé aux Cabannes, il emploie une quinzaine de personnes à l’année, une trentaine l’été. Il conseille aussi des porteurs et porteuses de projets en milieu montagnard, avec une règle qui résume sa méthode : « C’est le territoire qui dicte ce que l’on peut faire dessus. »
Dans le Val d’Azun des Hautes-Pyrénées, Baptiste Cazot a repris la ferme familiale et en a fait un modèle à plusieurs entrées : production fromagère, ferme pédagogique, monitorat de ski, compétition de trail de haut niveau. Ses résultats sportifs deviennent un outil de valorisation commerciale, la performance sert la marque et inversement.
D’autres misent sur un levier différent : non pas l’exposition individuelle, mais la transmission collective. Porter un récit, entrer dans une logique de patrimoine et de pédagogie : c’est la conviction qui guide aujourd’hui Sarah Langner, fondatrice de Marelha. Depuis 2019, elle développe depuis les Hautes-Pyrénées une filière laine locale complète, de la collecte auprès des éleveurs jusqu’à la vente. L’entreprise compte quatre salariés et va bientôt s’installer dans un atelier-boutique à Sarrancolin, son village natal, avec le soutien de l’Ademe et de la Région. Cette conviction s’est construite avec le temps : « J’ai compris que mes actions en tant que cheffe d’entreprise constituent une partie du patrimoine culturel et peuvent intéresser les touristes. Le premier bassin ovin de France a une histoire encore faut-il apprendre à la transmettre et la raconter aux bonnes personnes. On ne peut pas survivre dans cette vallée en se contentant de vendre un produit », résume celle qui a longtemps cherché son avenir loin des Pyrénées. « Quand j’avais 18 ans j’étais attirée par le monde entier sauf par les Pyrénées », se souvient Sarah Langner. Des études à Paris, beaucoup de voyages, puis un retour dans les Hautes-Pyrénées pour entreprendre. Depuis, sa lecture du territoire a changé : elle observe dans la Vallée d’Aure une dynamique, portée par des profils variés, tous animés par l’idée d’un nouveau modèle de développement économique.

