
Kepplair Evolution vient de franchir un cap début septembre, avec le premier vol de son avion-prototype, le Kepplair 72.
Crédits : ©Kepplair Evolution
De quoi retrouver le sourire, au sortir d’un été caniculaire qui laisse des traces dans l’économie – notamment touristique. Les innovations se multiplient en Occitanie pour adapter ses territoires à marche forcée. Occitanie News a mené l’enquête.
Avec CLS, un suivi depuis l’espace de l’évolution des espaces naturels
Exemple récent avec CLS (Toulouse), filiale du CNES et de la CNP. Ce spécialiste de l’observation de la Terre par satellite a annoncé en juin lancer jusqu’en 2029 un programme de cartographie de l’ensemble des milieux naturels de l’Occitanie, qui seront observés depuis l’espace et analysés grâce à l’intelligence artificielle. Objectif : produire une cartographie précise et actualisable chaque année, « pour suivre l’évolution des espaces naturels (forêts, prairies d’altitudes, garrigues…) et éclairer les décisions publiques ». Le projet inclut une équipe d’experts naturalistes, coordonnée par des acteurs d’Occitanie : le bureau d’études environnemental Biotope (Mèze), avec Eco-Med, Envolis et Naturalia.
« La collaboration avec l’Université nous permet d’accéder à un savoir-faire unique »
« La collaboration avec la recherche est fondamentale. Sans ça, il n’y aurait pas Kepplair », souligne David Joubert, pilote de ligne et fondateur de Kepplair Evolution (conversion d’avions de transport régional en bombardiers d’eau ou à des opérations d’évacuation sanitaire et de transport de fret humanitaire), qui vient de franchir un cap début septembre, avec le premier vol pré-modification de son avion-prototype, marquant le début de la campagne d’essais en vol du Kepplair 72. L’avion sera converti dans les prochains mois grâce à l’installation des trappes et du système de largage, dans le but de réaliser son premier vol en mode bombardier en début d’année prochaine et obtenir sa certification dans le courant de l’année.
Pour cette PME toulousaine de 10 salariés, cette étape réussie résulte de liens forts avec le milieu académique : Institut de Mécanique des Fluides de Toulouse, CNRS, Institut National Polytechnique de Toulouse, SATT Toulouse Tech Transfer… « Le professeur Dominique Legendre, professeur des universités à Toulouse INP, chercheur à l’Institut de Mécanique des Fluides de Toulouse, et référent mondial en aérolargage, consacre 20 % de son temps à Kepplair, via une convention de concours scientifique, explique David Joubert. Cette capacité de l’Université à laisser un chercheur s’investir dans le développement d’une entreprise, tout en gardant son statut de chercheur, est fondamental. Cela permet à des sociétés comme la nôtre d’avoir accès à un savoir-faire unique à des prix très intéressants par rapport à l’étranger, de pousser des idées, d’aller plus vite, d’accéder à des choses auxquelles nous n’aurions pas eu accès seuls. » Par exemple : l’optimisation de certains systèmes, la validation de choix techniques et technologiques pendant la phase de conception… L’expertise de Dominique Legendre a permis d’identifier l’ATR 72 comme étant l’avion le plus adapté, après des prédictions modélisées de l’efficacité au sol du système. « Grâce à cette collaboration, on évite des dépenses d’installations de prototypes qui ne seraient pas efficaces, et de coûteux allers-retours de différents types de prototypes », détaille David Joubert.
La SATT Tech Transfer joue pour sa part un rôle-clé dans les enjeux de propriété intellectuelle avec les chercheurs et de dépôt de brevets. Concernant les modifications de l’appareil et les certifications, sésame indispensable pour accéder à un marché jugé mondial (« le besoin au nombre d’avions équivalant au nôtre est évalué à 400 »), Kepplair s’appuie sur Aerotec & Concept à Blagnac.
Un axe d’amélioration identifié ? « Il faut surtout mieux faire connaître la force des Universités et des chercheurs, et le fait qu’ils peuvent collaborer avec les entreprises. Cette possibilité très vertueuse n’est à mon sens pas assez mise en avant », souligne David Joubert.
Le CEFE, poste avancé de l’observation des forêts d’Occitanie
L’impact du changement climatique sur le fonctionnement des forêts, leur résilience et leur adaptation, c’est le credo de la chercheuse Isabelle Chuine, directrice de recherche au CEFE (centre d’écologie fonctionnelle et évolutive, CNRS de Montpellier). « Notre équipe étudie la croissance des essences, leur reproduction, leur mortalité, ou encore l’impact du changement climatique sur les rythmes biologiques des êtres vivants. Des modélisations permettent de prédire l’état futur des forêts en fonction des conditions climatiques futures. » Quelles prédictions pour nos forêts de demain ? Le hêtre « meurt actuellement dans les stations les plus chaudes et cette tendance va s’amplifier et s’étendre géographiquement », anticipe-t-elle. Les chênes verts ou les pins d’Alep devraient survivre mais « ces essences souffrent beaucoup et leur croissance va être impactée ». De manière générale, « les forêts vont être moins denses, et les essences de garrigue vont gagner du terrain ».
L’approche participative citoyenne est développée, à travers l’Observatoire des saisons, Ce programme national lancé il y a 20 ans mobilise un public de plus en plus nombreux. Il s’invite dans les collèges, « ce qui permet aux élèves de mobiliser leurs connaissances scientifiques sur des questions concrètes, qui leur parlent », se félicite-t-elle.
« Pas d’adaptation sans atténuation »
Son message-clé ? « On ne pourra pas s’adapter au changement climatique si on ne l’atténue pas. Les événements extrêmes deviennent la norme. Il faut s’habituer à accepter de vivre dans des conditions pas autant sécurisées qu’auparavant. » En matière de lutte contre les incendies, et malgré les polémiques sur les manques de moyens humains et matériels, la chercheuse estime qu’il est « difficile de faire beaucoup plus, et mieux. La lutte contre les incendies est en France très efficace ».
Isabelle Chuine lance enfin deux alertes. Tout d’abord, « il n’y a pas de séquestration de carbone possible sans arbre ni végétation. Or, les émissions de gaz à effet de serre augmentent. En face, les arbres et la végétation subissent de plein fouet les effets du réchauffement climatique : mortalité accrue et incendies ». Ensuite, elle met en garde contre la tentation trompeuse de la géo-ingénierie, qui consisterait à manipuler à grande échelle l’environnement et le climat terrestre pour atténuer le réchauffement climatique.

