Les Talents d’Occitanie

Space Summit for a Resilient Future : la filière spatiale mondiale réunie à Toulouse

À Toulouse, les 27 et 28 octobre 2026, la première édition du Space Summit for a Resilient Future réunira les décideurs mondiaux de la filière spatiale.
Au programme, l’anticipation des risques, la gestion des situations d’urgence, la souveraineté, la durabilité et l’innovation. Tout l’enjeu est que le spatial continue de répondre aux besoins de nos sociétés face aux crises climatiques, énergétiques ou géopolitiques. Une délégation d’entreprises étrangères y rencontrera des sociétés nées au Japon, en Italie, en Allemagne, en Espagne ou à Singapour, qui ont choisi l’Occitanie.

La Terre vue de l’espace lors de la sortie extravéhiculaire menée par l’astronaute de l’ESA Sophie Adenot le 1er septembre 2026

Crédits : ©ESA/NASA

Le spatial n’est plus un simple outil d’observation, mais une infrastructure critique pour la gestion des crises. Anticiper une crue, sécuriser un réseau électrique, maintenir les communications après une catastrophe : les données, la connectivité et les systèmes de navigation permettent d’anticiper plutôt que de constater les dégâts, et de garantir la continuité des réseaux énergétiques, de la mobilité et des infrastructures critiques. De nouveaux services servent aussi à protéger les satellites et à surveiller la pollution spatiale. Ces thématiques seront au cœur de la première édition du Space Summit for a Resilient Future (SSRF), organisé à Toulouse par Novaspace avec le soutien de la Région Occitanie. Il permettra de recenser les solutions spatiales opérationnelles, de repérer celles à développer et de définir les coopérations et investissements nécessaires.

Un écosystème unique en Europe

L’Occitanie est l’un des territoires majeurs pour le spatial en Europe : industriels de rang mondial, startups, laboratoires de recherche et institutions y sont réunis, parmi lesquelles le Centre spatial du CNES, le Centre de commandement de l’Espace et le Centre d’excellence de l’OTAN. « L’Occitanie, et plus particulièrement Toulouse, occupe une position de leader dans le spatial en Europe avec plus de 14 000 salariés et un tiers des effectifs européens », rappelle Carole Delga, présidente de la Région Occitanie. En une dizaine d’années, le newspace a encore renforcé la filière avec des initiatives privées plus nombreuses, des coûts en baisse, des données plus accessibles et des satellites miniaturisés. Jérémy Perrin, CEO et cofondateur de Connektica, explique avoir choisi Toulouse pour ses interactions entre économie, formation et recherche. « Entre les poids lourds mondiaux, la myriade de startups et les sous-traitants qui travaillent pour les acteurs historiques et pour les nouveaux venus, ça fourmille dans tous les sens », résume le dirigeant de Connektika qui permet aux sous-traitants de renforcer leur infrastructure numérique et à la chaîne d’approvisionnement d’être plus interconnectée. « Chaque entreprise reste indépendante mais la filière fonctionne comme un acteur intégré », en ligne avec la stratégie de l’ESA.

Résilience et souveraineté dans le spatial

« Alors que la France a connu un épisode d’incendies et de sécheresse sans précédent, ce sommet participera à la construction d’un spatial plus résilient qui permettra d’anticiper les défis à venir », précise Carole Delga à l’initiative de ce sommet international dans la continuité de la feuille de route « Occitanie Résiliente » adoptée fin 2025.
Pour CLS, la résilience se joue dans le passage de la donnée à la décision. « Nous attendons de ce sommet qu’il rapproche encore davantage le monde du spatial de ceux qui doivent prendre des décisions concrètes », explique Stéphanie Limouzin, présidente du groupe CLS. L’entreprise met les technologies spatiales au service du climat, de la transition et de la sécurité énergétique, de la surveillance des infrastructures critiques, de la préservation des ressources naturelles et de la sécurité maritime. « Nous combinons données satellites, données in situ, modélisation et intelligence artificielle pour fournir non seulement de la donnée, mais une information directement utile à la décision. C’est pour nous une dimension essentielle de la résilience : mieux connaître pour mieux anticiper, mieux décider et mieux agir. »
Selon Emmanuelle Meric, general manager de Loft Orbital, la résilience est « la capacité à déployer rapidement des infrastructures spatiales fiables et flexibles, à adapter les missions aux besoins et à assurer la continuité de services essentiels, y compris dans des situations de crise ».
C’est dans cette optique, que l’entreprise franco-américaine va embarquer dans ses satellites des modèles d’IA développés par Mistral capables de tourner directement en orbite et qui pourront délivrer des informations instantanément. « Loft a l’ambition de continuer à développer à Toulouse un pôle européen de premier plan pour la conception et l’opération de missions satellitaires », poursuit Emmanuelle Meric qui attend du SSRF « qu’il s’impose comme un rendez-vous majeur à Toulouse ».

Souveraineté par l’investissement industriel

La résilience passe aussi par la souveraineté industrielle et donc par des ouvertures d’usines. Infinite Orbits, qui produit des satellites destinés à prolonger la durée de vie d’autres satellites, a inauguré début septembre à Toulouse sa première usine d’assemblage, d’intégration et d’essais : 1 000 m², dont 500 m² de salles blanches, 7 millions d’euros d’investissement, une capacité de six satellites en production. Son PDG, Adel Haddoud, veut aussi sécuriser une chaîne d’approvisionnement dispersée (40 sous-systèmes, 17 pays) et envisage des rachats.
Venturi Space a fait de Toulouse son centre technologique dédié à la conception et à l’assemblage de ses véhicules pour la Lune et Mars. Un bâtiment de 16 000 m² commencera à sortir de terre dans quelques mois, dans le cadre d’un investissement global de 250 millions d’euros, « avec l’ambition de faire de Toulouse le vaisseau amiral du groupe Venturi Space », souligne Xavier Chevrin, directeur du site.

Learning Expedition : attirer de nouvelles implantations

Lors de la première journée du sommet, une Learning Expedition organisée par l’agence de développement économique Ad’Occ, Novaspace et la Région Occitanie fera découvrir l’écosystème spatial régional à une délégation d’entreprises étrangères. Chez Airbus Defence and Space, elles rencontreront Endurosat et Infinite Orbits, puis, au CNES, Pangea, Cysec, Astroscale, ConstellR, AIKO, Venturi Space et Connektica. Toutes récemment implantées à Toulouse, ces entreprises présenteront leur parcours et leurs ambitions.

Jeremy Perrin qui a créé Connektica à Montréal avant de transférer le siège sociale à Toulouse a prévu d’évoquer les conditions d’installation de l’entreprise en Occitanie : « Témoigner devant les entreprises étrangères me donne l’opportunité de valoriser l’accompagnement dont mon entreprise a bénéficié à son arrivée. » Pour Xavier Chevrin, cette journée est « l’occasion de raconter pourquoi nous avons choisi Toulouse et ce que nous y trouvons au quotidien : des compétences, des partenaires et des interlocuteurs qui connaissent les exigences du spatial. Si notre témoignage peut donner à d’autres l’envie de s’installer à Toulouse, nous en serons ravis ! » C’est précisément l’ambition des organisateurs, qui veulent faire de cette journée le point de départ de futures collaborations, implantations et partenariats stratégiques.

Jean-Claude Souyris, directeur de la stratégie au CNES

Qu’attendez-vous du Space Summit for a Resilient Future à Toulouse ?

Le SSRF, porté par la Région Occitanie avec Novaspace, ouvre une nouvelle étape que le CNES soutient pleinement. L’événement se concentre sur le thème de la résilience qui au cœur de la Stratégie nationale spatiale et qui suppose de faire travailler ensemble agences, industriels, scientifiques, territoires et pouvoirs publics. Le CNES entend porter cette approche avec ses partenaires européens et internationaux, avec un objectif simple : un spatial capable de continuer à innover, à servir nos sociétés et à préparer l’avenir, quelles que soient les crises, climatiques, énergétiques ou géopolitiques. Ce sommet réunit des décideurs de tous les continents, que nous souhaitons voir repartir avec l’envie d’investir, de s’implanter ou de coopérer ici. C’est pourquoi le CNES reçoit une délégation d’industriels, pour leur montrer nos moyens, nos équipes et les partenariats possibles.

Quelle est la stratégie du CNES en matière de résilience spatiale ?

La résilience fait partie de l’ADN du CNES et nos actions couvrent quatre dimensions indissociables. Il s’agit d’abord de renforcer la résilience des sociétés et des territoires grâce à l’espace : les satellites sont devenus indispensables pour anticiper les risques, gérer les crises et s’adapter au changement climatique. La résilience est aussi industrielle et stratégique. Face à la compétition internationale et aux tensions géopolitiques, le CNES contribue au maintien d’un écosystème spatial compétitif, innovant et maître de ses technologies comme de ses infrastructures critiques. Préserver nos compétences, nos chaînes d’approvisionnement et notre accès autonome à l’espace est une condition de notre souveraineté. Elle concerne également l’environnement spatial lui-même, que la multiplication des satellites et des débris oblige à préserver durablement. Le CNES contribue à la surveillance de l’espace, développe des technologies de prévention des collisions et de désorbitation, et accompagne la filière vers des pratiques plus responsables. Enfin, la résilience est climatique et environnementale. Le CNES accompagne son écosystème dans sa trajectoire de décarbonation, notamment via la feuille de route dédiée de la filière spatiale, tout en réduisant sa propre empreinte et en adaptant ses infrastructures, ses sites et ses activités aux effets du changement climatique. Son nouveau Plan de transition vise notamment le net-zéro en 2045.