
Augustin de Bettignies et Nicolas Mézailles dans les locaux de Swan-H.
Crédits : ©Swan-H
C’est l’histoire d’une invention scientifique sur le point d’apporter une réponse concrète aux défis de l’industrie. Entamées en 2012, les recherches de Nicolas Mézailles, directeur de recherche au CNRS, ont abouti à un procédé disruptif et compatible avec les énergies renouvelables intermittentes : produire de l’ammoniac décarboné à température ambiante et pression atmosphérique, loin des exigences énergivores du procédé Haber-Bosch classique qui représente plus de 2% des émissions mondiales de CO₂, autant que l’aviation.
La découverte est brevetée en 2021 sous le nom de « méthode Mézailles » et le chercheur se lance alors dans l’aventure entrepreneuriale. Il reprend contact avec Steve van Zutphen, un ancien post doctorant à qui il propose de créer une startup. Aujourd’hui, président de l’entreprise, Steve van Zutphen sollicite de son côté Augustin de Bettignies et Willem Schipper, devenus respectivement directeur commercial et directeur technique. L’entreprise est créée par les quatre docteurs ; elle est baptisée ‘Swan’ en référence aux initiales des prénoms des cofondateurs avec un ‘H’ pour hydrogène. De son côté, Nicolas Mézailles est aujourd’hui directeur scientifique et toujours directeur de recherche au CNRS.
Passage à l’échelle : le défi industriel
Swan-H s’attaque à la nitruration des métaux, un procédé clé par lequel des pièces mécaniques sont trempées dans des bains d’ammoniac à haute température afin de durcir leur surface. Actuellement, les sites industriels achètent des gaz haute pureté auprès d’acteurs comme Air Liquide. « Avec notre réacteur, ils pourront autoproduire à coût réduit, explique Augustin de Bettignies, s’affranchissant des variations de prix permanentes. »
En quatre ans, l’équipe de 12 personnes a enchaîné les réussites : le passage d’une réaction chimique en laboratoire à celui d’un prototype fonctionnel, le label Deeptech Bpifrance, une subvention ADEME (énergies durables 2026-2028) et le prix Inn’Ovations Occitanie 2026. La prochaine étape est cruciale : « Nous devons faire monter en échelle notre prototype, passer à des réacteurs plus grands et les industrialiser, détaille Augustin de Bettignies. Nous visons les premières commandes dès 2028, les premières livraisons en 2029 avant un déploiement international vers l’Europe et les États-Unis. »
Financer la décarbonation
Afin de financer ces développements, Swan-H finalise une levée de fonds de 2 millions d’euros. 1,5 million d’euros sont déjà sécurisés auprès de business angels et du fonds IRDI. Il manque un dernier investisseur pour boucler le tour de table. « En 2021, la décarbonation avait le vent en poupe. Ces 18 derniers mois, l’atmosphère a changé », observe-t-il avant de nuancer : « le blocage du détroit d’Ormuz démontre notre extrême dépendance énergétique. Produire de l’ammoniac à petite ou grande échelle avec l’électricité du territoire serait un bond pour notre souveraineté agricole et industrielle », insiste Augustin de Bettignies. « Il y a un prix à l’innovation, mais la valeur stratégique de l’autonomie - pour une usine, une région ou un pays - est inestimable » conclut-il. À horizon 2050, des technologies comme celles Swan-H pourraient rendre les territoires autosuffisants sur ces produits critiques.
En savoir plus

