Les Talents d’Occitanie

Occitanie Résiliente : une nouvelle feuille de route pour la transition énergétique

La Région Occitanie engage 570 millions d’euros pour construire son indépendance énergétique et transformer son modèle économique. La stratégie rehausse ses ambitions en matière d’énergies renouvelables et structure des filières d’avenir créatrices d’emplois.

L’éolien flottant en mer est un pari industriel majeur pour la Région Occitanie.

La montée des tensions géopolitiques et la fragilité croissante des approvisionnements fossiles donnent une nouvelle urgence à la transition énergétique. En Occitanie, le mix énergétique en transformation depuis 2015 franchit un nouveau cap. Début juin, la Région a présenté en assemblée plénière « Occitanie Résiliente », une feuille de route dotée de 570 M€ qui approfondit sa trajectoire de Région à énergie positive en vue de 2050. Au programme : relèvement des objectifs de production renouvelable (éolien flottant, photovoltaïque, géothermie, méthanisation), maintien de l’ambition hydrogène, rénovation énergétique des bâtiments, création d’emplois et d’usines et, en fil rouge, la lutte contre la précarité énergétique et l’association des citoyens à la démarche.

Une production d’énergies renouvelables revue à la hausse

Dans le cadre de la régionalisation de la troisième Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3), dont le décret d’application a finalement été publié en février 2026, la Région propose une trajectoire actualisée filière par filière. Le solaire photovoltaïque va être déployé massivement et pour accompagner cette montée en puissance, la Région soutient la structuration d’une filière locale de recyclage de panneaux : l’entreprise ENVIE 2E prévoit d’implanter un premier site à Lézat-sur-Lèze (Ariège) avec un démarrage prévu fin 2027.

L’éolien flottant en mer est appelé à jouer un rôle clé pour garantir l’indépendance énergétique et c’est un pari industriel fort. Le hub de Port-la-Nouvelle, dans l’Aude, doit devenir le principal port méditerranéen dédié aux énergies marines renouvelables et les futurs parcs commerciaux devraient totaliser 3 000 emplois directs. (Lire l’encadré).

La géothermie, filière en cours de structuration, bénéficie également d’une ambition revue à la hausse. « C’est une filière en plein essor, a expliqué la présidente de région, Carole Delga à Montpellier le 3 juin. Elle représente aujourd’hui en Occitanie une production de chaleur qui correspond à la consommation de plus de 66 000 habitants. La structuration de la filière va s’appuyer sur la recherche régionale et sur la création d’un Fonds régional géothermie et réseaux de chaleur, doté de 10 M€. » Le plus grand projet de géothermie sur nappe de France se trouve en Occitanie et permettra, à terme, de chauffer 450 000 m² de bâtiments du secteur Cambacérès, au sud de Montpellier.

La Région fixe un objectif plus important de production de biométhane, en revanche, les objectifs sur l’éolien terrestre sont revus à la baisse, en cohérence avec la PPE3, en raison des contraintes réglementaires et des recours qui pèsent sur la filière.

Le cap maintenu sur l’hydrogène mais les délais recalibrés

L’hydrogène reste un axe structurant d’« Occitanie Résiliente » ; les objectifs à court terme ont été revus à la baisse, en phase avec les réalités industrielles mais l’ambition post-2030 est renforcée. L’écosystème industriel s’organise autour de plusieurs projets structurants : à Béziers, GENVIA produit des électrolyseurs. À Port-la-Nouvelle (Aude), Hyd’Occ produit de l’hydrogène en masse. La distribution s’appuie sur des stations comme HyPort à Blagnac et Lhyfe à Bessières (Haute-Garonne). Dans le Gard, l’entreprise MGH Energy, à Laudun-L’Ardoise, travaille à la production de carburants d’aviation durables (CAD) à partir d’hydrogène vert. À Fabrègues, dans l’Hérault, l’entreprise Bulane travaille sur la décarbonation des procédés industriels haute température, en donnant la capacité aux acteurs de l’industrie et du bâtiment d’autoproduire de l’hydrogène électrolytique décarboné. La Région mène également des prospections sur d’éventuels gisements locaux d’hydrogène naturel.

À Toulouse, le Technocampus Hydrogène, en construction à proximité de l’ancien aéroport de Francazal, a vocation à devenir le plus grand centre européen d’essais et de développement des technologies hydrogène. Ce site concentre également des projets industriels liés à l’aviation décarbonée : au printemps 2026, AURA AERO y a obtenu le permis de construire d’AURA Factory, une usine de 50 000 m² dédiée à la production d’aéronefs civils et militaires à propulsion décarbonée, qui devrait générer à terme plus de 1 600 emplois directs.

La création de 15 000 emplois

Au total, la Région espère voir émerger 15 000 emplois dans les énergies décarbonées d’ici 2032. Pour y parvenir, elle déploiera un Fonds d’électrification industrielle doté de 100 M€, destiné à accompagner les PME dans l’électrification de leur outil de production ou le recours à l’hydrogène vert dans des secteurs spécifiques (ciment, acier, engrais). Les 70 sites industriels les plus émetteurs du territoire feront l’objet d’un programme de décarbonation sur cinq ans, conduit avec l’État et l’Ademe. En parallèle, près de 15 000 demandeurs d’emploi seront formés aux métiers de la transition énergétique d’ici 2030 et la Région s’engage à doubler les bénéficiaires du Revenu Écologique Jeune.

Rénovation énergétique et décarbonation des mobilités

Alors que 14 % des ménages souffrent de précarité énergétique, « Occitanie Résiliente » accentue la rénovation des logements sociaux : 50 000 nouveaux habitants en bénéficieront d’ici 2034. Pour la première fois, les copropriétés sont également concernées par le soutien régional avec la rénovation de 100 copropriétés par an. La Région va s’appuyer sur l’entreprise héraultaise Bulane et son électrolyseur qui produit l’hydrogène sur site, à la demande, et l’intègre sans modification lourde des équipements. Sur les bâtiments régionaux, la Région mobilise 230 M€, en particulier pour les lycées, dont la consommation énergétique a baissé de 16 % depuis 2021. 11 M€ sont destinés à équiper les lycées en chaufferies biomasse ou géothermie.

Pour poursuivre la décarbonation des mobilités, la Région finance plusieurs initiatives. Un écochèque de 1 600 € aide les ménages les plus modestes à acheter une voiture électrique d’occasion : près de 60 % de la population occitane y sera éligible. Un pass TPE/PME soutient l’installation de bornes de recharge ouvertes aux salariés dans les entreprises. Les lycées sont électrifiés par des bornes destinées aux véhicules des agents et des enseignants. Enfin, la Région expérimente les véhicules intermédiaires légers (VELI) en s’appuyant par exemple sur un acteur local, Maillon Mobility, qui conçoit et commercialise à Toulouse des vélos cargos électriques.

« Occitanie Résiliente » multiplie les initiatives de décarbonation du transport : commande de 18 nouvelles rames de train à deux niveaux, expérimentation de trois trains à hydrogène, électrification partielle des bateaux, développement de carburants durables pour les bateaux de pêche et mise à disposition de véhicules à hydrogène en location longue durée pour les professionnels, entreprises et collectivités.

Plus largement, comme l’a expliqué la présidente de Région Carole Delga lors de la présentation d’Occitanie Résiliente, les énergies décarbonées constituent l’un des 9 plans d’action sectoriels qui structurent la stratégie : « l’objectif est d’accélérer la transformation décarbonée de notre modèle de développement. Les autres plans concernent la préservation de la biodiversité et de la nature, la réindustrialisation et les métiers de demain, la gestion de l’eau, les mobilités, le tourisme durable / solidaire, la souveraineté numérique, la souveraineté alimentaire et la lutte contre les déterminismes. »

L’éolien flottant en mer, pari industriel pour l’Occitanie

À quelques kilomètres des côtes audoises, deux fermes éoliennes flottantes pilotes de 3 éoliennes chacune – EolMed et EFGL– entrent en exploitation et peuvent alimenter 120 000 personnes. Assemblées depuis Port-la-Nouvelle, elles constituent le résultat concret d’une filière industrielle en construction depuis plusieurs années. La prochaine étape vise un changement d’échelle : près de 600 M€ sont investis à Port-la-Nouvelle – dont la Région est propriétaire – pour en faire la principale base d’assemblage méditerranéenne pour des parcs commerciaux. Deux nouveaux parcs verront le jour en 2032 et 2034, avec comme objectif de disposer d’ici 2050 de 5,8 GW, soit l’équivalent de la puissance de 6 réacteurs nucléaires et la consommation annuelle d’environ 6 millions d’habitants. Trois zones de développement sont déjà cartographiées dans le golfe du Lion (GLO, GLC et GLE) et deux appels d’offres de l’État sont en cours (AO6 et AO9).

Pour structurer cette filière, une stratégie est pilotée par Wind’OCC, structure d’animation portée par l’agence régionale AD’OCC, avec 230 affiliés répartis sur toute la chaîne de valeur : développement, fabrication, construction, exploitation et maintenance. Parmi les acteurs engagés : l’entreprise lotoise Matière, fabricante de grandes structures flottantes en acier qui supportent les turbines ; SLB Béziers Agile Factory avec une ligne de fabrication robotisée pour composants ; MCE Toulouse qui reconvertit ses savoir-faire aéronautiques vers les flotteurs ; Vestas à Pérols (Hérault) pour les turbines ; ArcelorMittal en Lozère pour les aciers et câbles d’amarrage ; Actemium et Schneider Electric. À noter également l’initiative Pêcheurs Méditerranée Services, une coopérative créée par des professionnels de la pêche pour proposer des services aux parcs – transport d’équipages, suivi et maintenance des fermes pilotes – et ainsi diversifier leurs revenus face à la réduction des zones de pêche.