Les portraits

Serge Zaka : chercheur, chasseur d’orages et scientifique de combat

Chercheur indépendant, conférencier infatigable, chasseur d’orages et cible déclarée des climatosceptiques : Serge Zaka mène de front plusieurs batailles. Depuis le pied du Pic Saint-Loup, cet enfant du Liban installé en Occitanie anticipe les impacts du changement climatique et s’engage contre la désinformation. Portrait d’un scientifique de combat.

À 37 ans, Serge Zaka joue déjà un rôle majeur dans l’agroclimatologie.

Crédits : ©Serge Zaka

En 2026, Serge Zaka a une priorité : lutter contre la désinformation climatique. À 37 ans, cet agroclimatologue de combat multiplie les initiatives : un film documentaire en préparation sur le climatoscepticisme, un troisième livre en cours sur les fake news et le lancement au printemps d’un portail d’informations fiables sur Infoclimat.fr, en partenariat avec l’association Data for Good. « Le but est simple, explique le chercheur : offrir chaque jour au public et aux journalistes les meilleures données disponibles. » Une mission de vigie, forgée ces dernières années au contact quotidien de la désinformation sur les réseaux sociaux. « Dans l’ère de l’accaparement des réseaux sociaux par des idéologues, il faut avoir du courage pour parler factuellement de son domaine d’expertise. Il y a encore quelques années, quand quelqu’un était expert dans son domaine, on l’écoutait. Maintenant, tout le monde se croit expert de tout. »

Menaces de mort et enquête de police

La question de la désinformation le touche aussi personnellement. Fin 2025, Serge Zaka a porté plainte pour menaces de mort, menaces de viol, propos racistes et incitations au suicide, des délits directement liés à son activité de chercheur et de pédagogue sur le climat. Une enquête de police est en cours et certains auteurs présumés ont été identifiés. « J’attends le procès avec impatience, confie-t-il. Je voudrais frapper un grand coup pour montrer l’exemple à mes collègues, aux plus jeunes et signifier très clairement qu’il y a des limites. » Ces deux dernières années, il lui est arrivé de donner des conférences protégées par des policiers à l’entrée : « Généralement, un chercheur pense à ses travaux, pas à sa défense. Mais j’ai pris conscience de la nécessité de me protéger physiquement et de défendre mes données. Je découvre ce qu’est la vigilance. »

« Trouver un équilibre de vie malgré les menaces »

Serge Zaka est né en 1989 à Beyrouth, en pleine guerre civile. Ses parents, réfugiés, arrivent en France quand il a deux ans. « J’ai vécu une enfance riche en émotions et en humanité, mais pas en euros. » À 18 ans, il quitte Versailles où vivent ses parents. En parallèle de ses études, il devient chasseur d’orages et photographie la foudre. Si bien qu’à la fin de sa thèse, pour choisir où s’installer, il consulte les cartes de densité de foudroiement au kilomètre carré. Il choisit l’Hérault : « un des départements qui concentre les plus grands risques climatiques : orages, pluies, canicules. » Et puis la végétation du Pic Saint-Loup lui rappelle le Liban, les forêts de pins, le thym et le romarin.

C’est dans cette nature qu’il trouve son équilibre. Ce qui le rend heureux et le détend : le cri d’une chouette hulotte à deux heures du matin, l’odeur de la pluie sur la végétation chaude, le grondement de l’orage qui approche. « Le 1er septembre 2025, raconte-t-il encore émerveillé, j’ai réussi à faire la photo que je voulais prendre depuis sept ans : capturer la foudre entre le Pic Saint-Loup et l’Hortus, au nord de Montpellier. »

La photo a fait le tour des réseaux sociaux, où Serge Zaka est très présent : 38 000 personnes le suivent sur Instagram et il compte plus de 100 000 abonnés sur LinkedIn. Chaque jour ou presque, il publie une photo, une image satellite ou un graphique qui met en lumière les dérèglements du climat. Parfois, on le voit lui-même en photo, son chapeau de cow-boy sur la tête ; fait main au Texas, celui-ci lui donne cette silhouette qu’on n’oublie pas dans un monde où tout le monde s’habille de la même manière. Singulier, à l’image d’un parcours qui ne ressemble à aucun autre, libre de toute attache.

Chercheur libre et utile

Son indépendance, Serge Zaka la revendique. D’abord chercheur à l’INRAE, il quitte la recherche publique, refusant la précarité d’un début de carrière instable. Après un passage en recherche privée dans une entreprise montpelliéraine, il fonde en 2022 AgroClimat2050, un bureau d’études spécialisé dans la modélisation du monde agricole face au changement climatique. Déterminé à être immédiatement utile, il lance en 2025 agrometeorologie.fr, une plateforme permettant d’anticiper en temps réel l’impact de la météo sur les végétaux, les animaux et les forêts. En 2026, une nouvelle plateforme permettra de se projeter jusqu’en 2100 pour suivre l’évolution des aires de répartition des cultures et des bassins de production.

« Devenir chercheur indépendant et créer mon entreprise a été la meilleure décision de ma vie professionnelle », affirme-t-il. Cette liberté lui permet d’innover et d’être en dialogue direct avec des maraîchers, des éleveurs, des viticulteurs, mais aussi des assureurs qui s’interrogent : « Faut-il déplacer les vergers ? Changer de culture ? Comment anticiper ? »

Lui-même expérimente sur sa parcelle agricole du Pic Saint-Loup, où il a planté cinquante-deux arbres en trois ans - orangers, figuiers, pistachiers, kakis, sumacs - et où il entretient une serre non chauffée avec 700 plants de légumes. « Je ne veux pas être un scientifique de bureau », dit-il avec un sourire, avant de rêver à voix haute d’une société qui replante, qui laisse en héritage la qualité du sol et la présence des arbres. « Quand on plante un grenadier, un pistachier, un olivier ou de l’anone, on travaille pour nos enfants en 2050. » Cette phrase résonne particulièrement pour ce père de trois jeunes enfants, un rôle exigeant, de son aveu, mais qui le place aussi résolument du côté de la vie.